TEMOIGNAGES ORAUX REALISES PAR LES ARCHIVES DEPARTEMENTALES DE L'ESSONNE - LE CRESSON EN ESSONNE.

Déplier tous les niveaux

Cote/Cotes extrêmes

13AV/1-42

Date

2004

Organisme responsable de l'accès intellectuel

Archives départementales de l'Essonne

Description physique

42 articles

Origine

DIRECTION DES ARCHIVES DEPARTEMENTALES (service producteur)

DIRECTION DES ARCHIVES DEPARTEMENTALES (service versant)

Modalités d'entrées

versement

Présentation du contenu

Cette collecte de témoignages oraux constitue une collection sur le thème du cresson et de la cressiculture. Elle faisait suite à une demande du PNR (Parc Naturel Régional du Gâtinais Français) qui souhaitait conserver et valoriser la mémoire des cressiculteurs de l'Essonne. 17 personnes ont été interviewées du 16 juin au 15 décembre 2004 par Christine Mathieu, archiviste oral aux Archives départementales de l'Essonne et par Yannick Le Chaudelec, chargé de mission au Parc Naturel Régional du Gâtinais Français (PNR). Elle représente 17 cassettes DAT et un témoignage uniquement sous forme écrite.

Les témoignages suivent un questionnaire pré-établi :

A) Présentation du témoin 1 - Nom, prénom et âge du témoin 2 - Etes-vous originaire de la région ? 3 - Quel métier exerçait vos parents ? 4 - Quels métiers avez-vous exercés autre que celui de cressonnier ? 5 - Avez-vous vécu ailleurs que dans la région?

B) Devenir cressonnier 1 - Quels sont vos premiers souvenirs liés au cresson ? Avez-vous grandi dans une cressonnière ? 2 - A quel âge avez-vous commencé à exercer votre profession ? 3 - Avez-vous eu le choix ? (si non, quelle autre activité auriez-vous voulu faire ?) 4 - Avez-vous été révolté de ne pas avoir eu le choix ?/ Etiez-vous heureux de pouvoir exercer cette activité ? 5 - Quelle scolarité avez-vous suivi ? (certificat d'étude, lycée, autres ?) 6 - Auriez-vous aimé faire des études ? 7 - Quelles sont les premières tâches que l'on vous a confiées dans la cressonnière ? 8 - Y-avait-il d'autres enfants/apprentis avec vous ? Quel âge ? 9 - Quelles étaient les conditions de travail lorsque l'on débute dans ce métier ?

C) Etre cressonnier 1 - Pouvez-vous nous raconter comment se déroulait une journée ordinaire sur une cressonnière ? 2 - Combien d'heures passiez-vous par jour au travail ? Temps de pause ? 3 - En quoi consistait le métier de cressonnier ? Y a-t-il de grandes différences avec aujourd'hui ? (gestes, outillages, langage..). Parlez-nous des paniers d'osiers, des genouillères, des planches à couper, des rouleaux à cresson, des cabanes et des abris (des rails Decauville). 4 - Combien étiez-vous à travailler sur la cressonnière ? 5 - Pouvez-vous nous expliquer quel type d'ambiance régnait sur les lieux (convivialité, animosité, rivalité, vie de groupe ou individualisme, ambiance familiale ?) 6 - Avez-vous en mémoire des journées qui vous ont marqués particulièrement (événement exceptionnel, hiver glacial, été caniculaire, autres) 7 - Avez-vous souffert de ce métier et comment faisait-on face à la pénibilité de la tâche ? 8 - Est-ce qu'il existe un parler spécifique aux cressonniers ? (patois, chansons) 9 - Quelles sont les images fortes qui vous restent de ce métier ?

D) Autour du cresson 1 - Quel place tenait la culture du cresson dans le village / canton ? 2 - Le métier de cressonnier était-il reconnu ? 3 - Avez-vous eu un rôle important au sein de la commune (maire, conseiller municipal, autres). Racontez-nous l'ambiance dans les conseils municipaux ? 4 - Vivait-on bien de la culture du cresson ? 5 - Pouviez-vous vous accorder des loisirs et si oui quels étaient-ils (bal, cinéma, congés payés, voyages). Est-ce que la Saint-Fiacre vous dit quelque chose ? 6 - Parlez-nous des fêtes du cresson (reine du cresson, chansons, rallye, stands commerciaux, produits vendus.) 7 - Restait-on exclusivement entre cressonnier également en dehors du travail ? 8 - Quelles relations entreteniez-vous avec le reste de la population du village ? Avec les agriculteurs ? 9 - Quelle image pensez-vous que les habitants se faisaient de vous ? 10 - Aviez-vous des relations avec les autres cressonniers de la région ? (rivalité, entraide, syndicalisme, mariage entre familles de cressonniers ?) Pouvez-vous nous raconter comment se déroulaient les réunions syndicales à Paris, en Essonne, dans le village ? 11 - Votre famille s'est-elle entièrement consacrée au cresson ? Recettes avec le cresson ? (origine, fréquence des repas au cresson) 12 - Comment s'organisaient la vente et la commercialisation du cresson, selon les époques ? Utilisation de moyens de transport (chevaux, chemin de fer, camions, vélos, motos). Changements apportés par le transfert des Halles de Paris à Rungis ? 13- Evolution de la demande et des consommateurs.

E) Conclusion 1 - Etes vous fier d'avoir exercé ce métier ? 2 - Quel regard portez-vous sur cette activité aujourd'hui ? 3 - Quels sont les grands changements que vous avez remarqués sur cette activité ? Les témoignages oraux originaux ont été enregistrés sur cassettes DAT et ont été transférés sur CD Audio qui sont les supports de communication et de conservation (13AV19-42).

Langue des unités documentaires

Français

Mots clés typologiques

LE CRESSON EN ESSONNE. SOUVENIRS DE EMILE MARCON (D'Huison-Longueville).

Cote/Cotes extrêmes

13AV/5

Date

2004

Importance matérielle

02/00/00

Caractéristiques physiques

produit fini, DAT, Interview

Origine

DIRECTION DES ARCHIVES DEPARTEMENTALES (service producteur)

DIRECTION DES ARCHIVES DEPARTEMENTALES (service versant)

Présentation du contenu

SOUVENIRS DE EMILE MARCON Le cresson à D'Huison-Longueville. Réalisé par Christine Mathieu, archives départementales de l'Essonne et Yannick Le Chaudelec, Parc Naturel Régional du Gâtinais Français. Date : 30 juin 2004

30/6/04

Émile MARCON, cressiculteur à la retraite.

Emile Marcon, cressiculteur à la retraite, nous raconte ses souvenirs sur sa carrière et sur l'histoire de la cressiculture à D'Huison-Longueville.

Etes-vous originaire de la région ? Originaire d'Italie, il est venu en France avec ses parents en 1928. Quel métier exerçait vos parents ? Son père était tailleur de pierre en Italie (sur les monuments). Mais suite aux problèmes économiques en Italie, il est venu s'installer en France pour travailler dans les carrières de pierre. Son père est venu avec un de ses frères. Deux autres frères se sont installés dans la région de Lyon, en tant que maçons. A D'Huison, il y avait déjà beaucoup d'Italiens qui s'étaient installés pour travailler dans les carrières de pierre (pavés, bordures), ainsi qu'à Boissy-le-Cutté, Boutigny, Milly-la-Forêt, Arbonnes, Saint-Chéron. II] Devenir cressonnier Quels sont vos premiers souvenirs liés au cresson ? /Avez-vous grandi dans une cressonnière ? Il allait parfois jouer dans les cressonnières, en tant qu'enfant. Il allait pêcher des verrons. Il regardait les cressiculteurs qui coupaient le cresson. Il les aidait parfois à tirer le rouleau. A quel âge avez-vous commencé à exercer votre profession ? En avril 1942 (à 16 ans), il a commencé le métier de cressiculteur. Il est parti en retraite en 1996 (à 70 ans). Suite à des problèmes de santé, il a arrêté son métier. Sinon, il serait encore en activité. C'est un métier, une passion. Avez-vous eu le choix ? (si non, quelle autre activité auriez-vous voulu faire ?) Il voulait devenir mécanicien mais pendant la 2ème guerre, il n'a pas trouvé de place dans un garage. Il a été forcé de prendre ce métier. Plusieurs fils d'immigrés italiens sont devenus cressiculteurs pendant la 2ème guerre mondiale parce qu'il n'y avait pas d'autre travail (par exemple un de ses cousins sur Cerny). On avait besoin de main d'œuvre dans les cressonnières. Le métier de cressiculteur n'était pas un métier attractif à l'époque. Il n'a pas choisi le métier de tailleur de pierre dans les carrières comme son père, parce qu'il trouvait le métier très difficile (conditions de travail difficiles, maladies). Avez-vous été révolté de ne pas avoir eu le choix ?/ Etiez-vous heureux de pouvoir exercer cette activité ? Il était content de faire ce métier. Le principal c'était d'avoir trouvé du travail. Quelle scolarité avez-vous suivi ? (certificat d'étude, lycée, … ?) Il a obtenu le certificat d'étude à D'Huison-Longueville. Auriez-vous aimé faire des études ? On n'avait pas trop le choix. Le collège se trouvait à Etampes. Il fallait avoir les moyens d'y aller (notamment pour se loger). Pendant la guerre, son père ne voulait pas qu'il aille sur Etampes. Quelles sont les premières tâches que l'on vous a confiées dans la cressonnière ? Quelles étaient les conditions de travail lorsque l'on débute dans ce métier ? Y avait-il d'autres enfants/apprentis avec vous ? Quel âge ? Il a commencé dans les cressonnières de Monsieur David à D'Huison, puis est allé dans celles de Joseph Sagot. Monsieur Sagot lui avait donné une cressonnière pendant l'année où son fils était à l'armée. Messieurs David et Sagot lui ont appris le métier de cressiculteur. Il n'y avait pas d'école spécifique. On apprenait sur le tas. Son premier jour de travail : Monsieur David lui a dit : Tu sais, tu vas bêcher un coin dans le jardin. Il voulait voir comment il travaillait. Puis vers 10 heures, Monsieur David lui a donné une paire de genouillères. Un ouvrier, qui s'appelait Charles-Emile, lui a montré comment couper le cresson. Comme il avait déjà vu les cressiculteurs dans son enfance, il a su rapidement comment couper le cresson. Mais le plus difficile au début, c'était de faire l'attache de la botte avec le brin d'osier qui fallait tourner. Ses doigts se pliaient parce qu'il n'avait pas assez de force dans les doigts. Il mettait l'attache, mais la botte se défaisait et tombait dans l'eau. Il fallait avoir le coup de main. Son premier jour, il a coupé seulement 12 ou 15 bottes en deux heures de temps. Il a roulé le cresson également. Il se souvient qu'il a eu très mal aux genoux et aux cuisses. En fait, il fallait arriver à faire un durillon aux genoux pour les protéger et pour ne plus être sensible. On prend toujours un jeune cressiculteur au printemps (mars, avril, mai) ou en automne. Même s'il fait du dégât dans la fosse en coupant le cresson, à ces périodes, le cresson repousse plus vite. En hiver, on ne peut pas le faire. Ensuite, il a essayé de trouver un chantier pour être patron. En 1950, il est devenu bailleur d'une cressonnière appartenant au comte Ramé de Sugny, qui était un ami de son père. Il renouvelait le bail, puis un jour, son propriétaire n'a plus renouvelé le bail. Il a dit : Je te connais assez, c'est plus la peine ! III] Etre cressonnier Pouvez-vous nous raconter comment se déroulait une journée ordinaire sur une cressonnière ? Combien d'heures passiez-vous par jour au travail ? Temps de pause ? La première chose que l'on faisait le matin, c'était d'aller chercher le matériel pour travailler (genouillères, planche…). Il commençait à 6 heures 30 le matin. D'autres cressonniers commençaient à 5 heures du matin au printemps. Il coupait le cresson jusqu'à midi. Il reprenait à 13 heures 30. Il coupait de nouveau jusqu'à 16 heures. A partir de 16 heures 30, il faisait les paniers. Il fallait jeter tout le cresson dans des fosses pour le laver. Son père venait l'aider pour passer des bottes. Ensuite, il emmenait les paniers au bord de la route pour que le camion les emmène. Enfin, il revenait sur la cressonnière pour mettre de l'engrais. Il roulait le cresson avec son père (2 coups de rouleau). Il fallait rouler des fossés pour qu'on puisse ramasser le cresson le lendemain. La journée se terminait vers 19 heures 30. En quoi consistait le métier de cressonnier ? Y a-t-il de grandes différences avec aujourd'hui ? (gestes, outillages, langage..). Parlez-nous des paniers d'osiers…, des genouillères…, des planches à couper, des rouleaux à cresson, des cabanes et des abris. (des rails Decauville). Combien étiez-vous à travailler sur la cressonnière ? Comment s'organisaient la vente et la commercialisation du cresson, selon les époques ? Utilisation de moyens de transport (chevaux, chemin de fer, camions, vélos, motos…). Changements apportés par le transfert des Halles de Paris à Rungis ? La cressonnière : elle faisait 44 ares avec 28 fosses. Il était seul à travailler sur sa cressonnière. C'était une exploitation de taille moyenne. Il s'organisait pour couper une fosse par jour. Les genouillères : elles étaient en cuir. Elles étaient fabriquées par un bourrelier de la Ferté-Alais. Le couteau : c'était une simple pointe de faux. Les paniers d'osier : on lui a appris à en fabriquer. Il mettait le cresson en bottes dans le panier. On en mettait 216 par panier. Il partait du bas du panier et les bottes étaient tenues par de la paille de seigle. On mettait le cresson au fond en rond. On montait le cresson dans le panier, on mettait de la paille autour. Les paniers étaient achetés chez un vannier. On en commandait par douzaine. Il fallait avoir un roulement d'environ 80 paniers. Il fallait qu'ils soient solides pour être transportés à Paris. Parfois, ils perdaient un panier parce que les commerçants de Paris les gardaient pour mettre leurs détritus dedans. Quand il était usé, ils les ramenaient aux Halles. Le rouleau : il fallait rouler le cresson tous les jours pour le mettre dans le sens de la coupe. Le nettoyage de la cressonnière : c'était, selon lui, la tâche la plus difficile du métier de cressonnier. Il fallait faucher l'herbe, arracher le cresson et le mettre sur le bord, l'emmener dans le marais avec la brouette. C'était du cresson vert. On nettoyait la boue dans les fossés, la mettre sur le bord et l'emmener dans les marais. Une fois que les fosses étaient bien propres, on pouvait semer du cresson. Le transport du cresson à Paris : il mettait les paniers dans la brouette pour les mettre sur le bord de la route. Il les mettait ensuite dans le camion du transporteur. Monsieur Royer et les autres cressiculteurs discutaient avec le transporteur du prix du transport (prix par panier à 216 et prix du panier à 120 bottes). On louait les services du transporteur pendant une année. Monsieur Marcon envoyait environ 3 à 4 paniers de cresson par jour aux Halles de Paris. Cela dépendait de la grosseur de la cressonnière et de la quantité de cresson coupé. Les transporteurs : Il se souvient de Parachini, Fregeac, Cornilleau, Jainffray. Il y en avait beaucoup. Certains n'étaient embauchés que pour 6 mois. Les transporteurs aimaient bien travailler avec les cressiculteurs parce qu'ils étaient sûrs d'être payés. En effet, ils s'adressaient directement aux mandataires dont dépendaient les cressiculteurs. Le prix du transport faisait partie des frais retenus par les mandataires. Ensuite, il y a eu de moins en moins de cresson et les transporteurs ne trouvaient plus cela rentable. Le transport du cresson abîmait beaucoup la marchandise. Le transport individuel du cresson par les producteurs eux-mêmes s'est développé. Alors Monsieur Marcon est allé à Rungis en camionnette. Le transport du cresson par le train à la gare de La Ferté-Alais : en hiver 1947. Lorsqu'il a exploité la cressonnière de Monsieur Sagot pendant un an. Il est parti du Pont de Villiers à pied pour transporter un panier de cresson à la brouette à la gare de la Ferté-Alais. Il ne l'a fait qu'une seule fois. Les Halles de Paris : Arrivés aux Halles de Paris, les paniers étaient déchargés par les chauffeurs et d'autres personnes des Halles. Les mandataires vendaient les paniers. Le mandataire inscrivait sur une fiche le nombre de cresson vendu et le prix de vente, il retenait 10% de la vente pour lui pour ses frais : timbre fiscal, timbre de poste etc.... Les mandataires envoyaient tous les mois la facture et l'argent. Il allait de temps en temps aux Halles pour voir le mandataire. Les mandataires se déplaçaient parfois pour se faire de nouveaux clients. Relations avec les mandataires : Monsieur Marcon avait deux mandataires avec qui il s'entendait bien. Il s'installait petit à petit une relation de confiance. Le mandataire avait ses propres clients. Les clients exigeaient souvent du cresson de telle marque. La marque c'était le cresson de tel cressiculteur. Il y avait des réputations qui se faisaient. Sur les factures, le mandataire inscrivait le nom de l'acheteur. Les cressiculteurs mettaient une étiquette sur le panier avec le nom du mandataire et derrière le nom du cressiculteur. Mandataires des Halles de Paris : Les mandataires s'appelaient Beugnon et Reynald, Fabre et Métier, les frères Klein, un poste dépendant du syndicat, Thévenin. Le poste de Thévenin est devenu ensuite celui du syndicat. Les Halles à Rungis : on faisait des caisses de cresson. Sa femme venait l'aider le soir pour faire les caisses. On abandonnait l'emballage dans les paniers. Le déplacement des Halles à Rungis : La vente du cresson se faisait avec des caisses plus petites que les paniers. Les commerçants pouvaient choisir le nombre de bottes à acheter. Ils prenaient juste ce qu'il leur fallait. Le prix du cresson était plus cher à Rungis. Le cresson était vendu dans toutes les Halles, il n'y avait plus de concentration à un seul endroit comme aux Halles de Paris. Les cressiculteurs ont cherché d'autres mandataires ou d'autres moyens de vendre le cresson. Les films plastiques : il a utilisé ces films pour recouvrir les fosses en cas de grand froid. Il a employé le plastique à 500 trous. Il existe, actuellement, des voiles P17. L'utilisation de ces plastiques a changé le métier. Sinon, il utilisait des paques (paque à deux ou paque seul) qui servait à mettre le cresson complètement dans l'eau pour ne pas qu'il gèle. La paque était une grande planche avec des trous (tamis) qui était de la largeur du fossé. On se mettait dessus à deux debout pour enfoncer le cresson. On pacquait au pas, ensemble. Son père venait l'aider. La société Darbonne à Milly-la-Forêt : la société Darbonne a commencé avec une équipe d'ouvriers et d'ouvrières d'origine italienne. Ces ouvriers coupaient les têtes de cresson, les feuilles avec des faux dans les cressonnières de la région. Monsieur Darbonne a commencé ce travail dans les cressonnières de Messieurs Marcon et David à D'Huison-Longueville. La société Darbonne ramassait le cresson pour le déshydrater. Il payait le cresson au kilo. Ensuite, les cressiculteurs ont fauché eux-mêmes le cresson. Certains cressiculteurs le coupaient à la machine. La société Darbonne n'a finalement plus accepté le cresson coupé à la faux parce qu'elle ne trouvait plus assez rentable. Les cressiculteurs ne sont pas tous équipés de la machine à couper. Finalement, Darbonne n'a plus reçu de cresson des cressiculteurs de l'Essonne. Ce marché a finalement périclité. Le cresson, de fin de saison, était acheté par la Société Darbonne pendant la période où il ne se vendait pas bien aux Halles. Plate-forme Bondoufle (Carrefour) : Il livrait le cresson à Bondoufle. Les bottes de cresson étaient redistribuées dans les Carrefour de la région. Ils étaient trois cressiculteurs à fournir cette plate-forme (Monsieur Marcon, Monsieur David, Monsieur Roujouds). La clientèle locale : Il ne vendait jamais de cresson aux personnes de la région. Certains le font actuellement. Pouvez-vous nous expliquer quel type d'ambiance régnait sur les lieux (convivialité, animosité, rivalité, vie de groupe ou individualisme, ambiance familiale… ?) Il aimait travailler avec son père, qui le déchargeait dans son travail. Sinon, il travaillait toute la journée seul. Plus tard, sa femme venait l'aider le soir pour faire les caisses. Il n'a pas trop souffert de la solitude. On est occupé par le travail. On n'aimait pas que quelqu'un vienne parce que c'était du temps perdu. C'est difficile de rattraper le temps perdu, prévu dans son planning de travail. Il s'organisait pour pouvoir couper une fosse de cresson par jour. Avez-vous en mémoire des journées qui vous ont marqués particulièrement (événement exceptionnel, hiver glacial, été caniculaire, autre…) L'hiver 1956 : il a gelé pendant un mois. C'était une année difficile mais c'était une année très lucrative. Les autres cressonnières de la région étaient complètement gelées. Il lui restait 13 ares de cresson sur 44. Tout le reste était gelé. Le cresson se vendait cher et en plus toutes les autres salades étaient gelées. Grâce à l'eau de source qui était chaude, la glace n'a pas pu tout geler. Avez-vous souffert de ce métier et comment faisait-on face à la pénibilité de la tâche ? On est habitué à travailler. On ne souffre plus de la pénibilité de la tâche au bout d'un moment. Le plus dur, c'était de reprendre après un long temps d'arrêt, après la morte-saison, en septembre. On avait mal aux cuisses. Il allait travailler sur les cressonnières par tous les temps (pluie, neige). Il mettait un sac en jute au-dessus des habits. Il mettait également un caparaçon formé par des morceaux de bois et une toile cirée. Le caparaçon était fabriqué par le charron. Il mettait des sabots aux pieds. Il se souvient d'avoir mis souvent le pied dans l'eau. C'est difficile d'avoir les pieds mouillés l'hiver. Quand on est à genoux sur une planche, on a toujours la pointe du sabot dans l'eau. Alors, si on met des sabots, le bout des pieds n'est pas mouillé. Après, il a utilisé des bottes en plastiques. IV] Autour du cresson Quelle place tenait la culture du cresson dans le village / canton ? Les gens du village ne venaient jamais dans les cressonnières. Tout le monde connaissait le métier. Le cressiculteur n'aime pas voir du monde sur la cressonnière. C'est un métier de solitaire. La culture du cresson prenait une place importante dans le village parce qu'elle employait beaucoup de monde dans le village. Sur certaines cressonnières, il y avait deux ou trois ouvriers. Avant on disait : Avec 800 mètres, il fallait un ouvrier. Actuellement, le nombre d'ouvriers diminue. Le métier de cressonnier était-il reconnu ? Quelles relations entreteniez-vous avec le reste de la population du village ? Avec les agriculteurs ? Quelle image pensez-vous que les habitants se faisaient de vous ? Le cressiculteur était plus riche que la majorité des gens du village. Les cressonniers avaient une voiture, la radio. C'était les nouveaux riches du village. Beaucoup de gens travaillaient dans les carrières, les fermes (charretier). Le cressiculteur avait des revenus plus réguliers et plus importants. Avez-vous eu un rôle important au sein de la commune (maire, conseiller municipal, autre…). Racontez-nous l'ambiance dans les conseils municipaux ? Il y avait beaucoup de cressiculteurs et de cultivateurs au Conseil Municipal. Tout le monde s'entendait bien. Monsieur Royer a été maire de la commune. Vivait-on bien de la culture du cresson ? L'année 1956 a été la plus belle année pour le cresson. Monsieur Marcon a pu faire construire sa maison. On pouvait bien gagner sa vie en tant que cressiculteur à partir du moment où l'on était économe et travailleur. Pouviez-vous vous accorder des loisirs et si oui quels étaient-ils (bal, cinéma, congés payés, voyages…). Est-ce que la Saint-Fiacre vous dit quelque chose ? Pas de vacances. Il travaillait tous les jours, même le dimanche. Le camion passait le dimanche soir. Le samedi était le jour où il ne coupait pas. Parlez-nous des fêtes du cresson (reine du cresson, chansons, rallye, stands commerciaux, produits vendus….) Il y a eu la fête du cresson organisée dans les années 1960-1965. C'était une bonne fête. Cette fête s'est déroulée grâce à Monsieur Denis. Monsieur Marcon et d'autres cressiculteurs ont vendu du cresson pour aider financièrement Monsieur Denis à rembourser les frais qu'il avait dépensé. Il y avait un stand de cresson : tout le cresson était entreposé dans des paniers dans la cabane de Monsieur Royer et on en ramenait au fur et à mesure que le cresson était vendu. Il y avait un monde fou. Tous les cressiculteurs de la région sont venus. Il y avait des manèges, une fête foraine. Monsieur Denis était le président du concert Mayol (cabaret). Il y avait des spectacles de cabaret. Il y avait un rallye cycliste organisé par les cressiculteurs qui donnaient un prix. La reine du cresson remettait le prix au gagnant. La fille de Monsieur Royer, Christiane, a été reine du cresson. Il y avait des stands où l'on a présenté la machine à couper le cresson. C'était un cressiculteur de Méréville qui l'avait inventé. Cette machine coupait le cresson en vrac. Certains cressiculteurs ont essayé de fabriquer une machine à faire les bottes de cresson mais n'y sont jamais arrivés. Aviez-vous des relations avec les autres cressonniers de la région ? (rivalité, entraide, syndicalisme, mariage entre familles de cressonniers… ?) Pouvez-vous nous raconter comment se déroulaient les réunions syndicales à Paris, en Essonne, dans le village … Monsieur Royer s'occupait de gérer le système des impôts. Il ne fréquentait pas beaucoup les autres cressiculteurs. Il allait voir souvent Monsieur Royer qui était président du syndicat. Il existait tout d'abord une petite association des cressiculteurs de la vallée de l'Essonne. Le syndicat s'est progressivement constitué. Il existait une ambiance particulière lors des réunions pour décider du prix du transporteur. Il était difficile de s'entendre entre tous les cressiculteurs. Les réunions du syndicat se tenaient à Vayres. Il rencontrait tous les cressonniers des autres vallées (Ecole, Juine). Il existait un autre regroupement de cressiculteurs à Méréville. Monsieur Barberot (père) était le président du groupe de Méréville. Recettes avec le cresson ? (origine, fréquence des repas au cresson) Il mange très peu de cresson. V] Conclusion Etes vous fier d'avoir exercé ce métier ? Il a été fier d'exercer ce métier. Il était surtout fier d'avoir une cressonnière très bien entretenue. C'était ma vie. Il regrette d'avoir quitté la profession. Il a donné toutes ces cressonnières et son matériel à Monsieur et Madame Jods. Il l'avait connu lorsqu'il travaillait avec la plate-forme Carrefour de Bondoufle. Quel regard portez-vous sur cette activité aujourd'hui ? Il a l'impression, qu'actuellement, les fosses sont moins bien entretenues, bien que les outils des cressiculteurs se soient améliorés (débroussailleur). Avant, on soignait plus le travail de nettoyage des fossés. Quels sont les grands changements que vous avez remarqués sur cette activité ? Il y a actuellement beaucoup de cressonnières fermées. On vend de moins en moins de cresson. Il y a eu un âge d'or du cresson. Il y avait quatre cressonnières à Longueville, maintenant, il n'en reste qu'une. A D'Huison, les cressonnières ferment. Peu de jeunes reprennent le métier mais ils sont originaires uniquement de Méréville.

Conditions d'accès

NC Numérisé [substitution:13AV/24;13AV/25/]

sans délais

Langue des unités documentaires

Français

Informations sur le traitement

Notice établie conformément à la norme ISAD(G), norme générale et internationale de description archivistique (2000), et à la DTD-EAD (Encoded Archival Description), informatisation de la description.

Mots clés lieux

Mots clés matières

Mots clés auteurs

Mots clés typologiques